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Antoine de BERTIN,
Elégie VI, Les Baisers
Dieux ! que ta bouche est parfumée !
Donne moi donc vite un baiser.
De quel feu dévorant je me sens embraser !
Encire un, ö ma bien-aimée,
De quel feu dévorant je me sens embraser !
- Prends ! sois heureux : en voilà vingt, Bathile,
En voilà trente, en voilà cent en sus,
Est-ce assez ? – Non - Je t’en donne encor mille.
Es-tu content ? Las, je brûle encor plus !
- Et combien donc, ingrat, pour apaiser ta flamme,
Te faut-il aujourd’hui de baisers amoureux ?
- Autant, répondis-je, ô mon âme !
Que septembre mûrit sur les coteaux pierreux
De Pomard ou d’Arbois, de raisins savoureux ;
Autant qu’on voit d’épis jaunissants dans la plaine,
Que de grains entassés dans le sable des mers ;
Autant qu’on en voit briller dans une nuit sereine
D’étoiles, de soleils et de monde divers.
Quand tu m’en donnerais dès la naissante aurore,
Quand tu m’en donnerais jusqu’au déclin du jour,
Plus altéré, le soir, le soir, mourant d’amour,
Je t’en demanderais encore.
NDLR : Antoine de Bertin est né dans les îles en 1752 et est mort en 1790 à Saint-Domingue au lendemain de son mariage. De santé fragile, il fut néanmoins gendarme de la garde et écuyer du Comte d’Artois.
La mythologie est très présente dans les œuvres de Bertin, ce qui n’empêche pas l’expression d’un lyrisme personnel. « Les baisers » est paru dans « l’almanach des Muses » pour 1784.
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