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Un jour, récemment, comme ça, sans raison ainsi que sans doute il vous arrive à toutes et tous sur un sujet quelconque, une question à première vue banale s’est insinuée dans mon esprit : dans l’enseignement fait-on de l’instruction ou de l’éducation ou encore de la formation ?

Je me suis tout d’abord dit qu’il s’agissait d’une simple question de sémantique et que la différence de définition d’enseigner, éduquer, élever (dans le sens d’amener un enfant à son plein développement physique et moral), former, instruire, initier… était après tout ténue.

Finalement, je ne me suis pas satisfait de cette réponse et j’ai, ainsi qu’il sied à ma vision des choses (j’ai failli écrire « à mon éducation » !), entamé quelques recherches.

Le bon vieux dictionnaire Quillet de la langue française aussi intitulé « L’art d’écrire et de bien rédiger » m’a apporté une première réponse. Il est en effet précisé qu’éducation et instruction ont entre eux une certaine parenté, car on ne fait pas d’éducation sans instruire et on n’instruit pas sans faire de l’éducation en quelque mesure. Mais ils ne doivent pas être confondus : l’éducation a surtout en vue le développement, non seulement des facultés intellectuelles, mais encore des facultés physiques et des facultés morales tandis que l’instruction s’applique surtout à l’acquisition des connaissances et en même temps, à la formation intellectuelle et morale qui peut en résulter, la culture indiquant le résultat acquis à la fois par l’éducation et par l’instruction.

De son côté, former signifie s’instruire, se cultiver et surtout à mes yeux apprendre un métier. Charles Péguy n’a-t-il pas fort à propos écrit : « C’est en lisant qu’un homme se forme et non pas en récitant des manuels ».

Voilà qui semblait déjà devenir nettement plus clair même si les 3 termes restaient imbriqués. N’y a-t-il d’ailleurs pas dans l’enseignement secondaire des professeurs de cours généraux, de cours théoriques et de cours pratiques (ceux-ci ne font-ils pas de la formation ?) mais aussi un cours d’éducation physique ? L’enseignement supérieur de type court, en tout cas, n’est-il pas dispensé notamment par des maîtres-assistants et des maîtres de formation pratique ?

Comme bien souvent une question en entraînant une autre, je me suis trouvé confronté à une nouvelle énigme : qui instruit, éduque ou forme : l’enseignant, le moniteur, le précepteur, le maître, le gouverneur, le mentor, la gouvernante, l’instructeur, le pédagogue, l’éducateur, et j’en passe sans doute ?

Et, de fil en aiguille, une autre question est venue : qui reçoit l’instruction, l’éducation ou le formation : l’écolier, l’élève, le disciple, l’étudiant, l’apprenti, le collégien, le lycéen, l’étudiant libre en passant par le boursier et, pourquoi pas, le séminariste.

Je n’étais pas au bout de mes peines car après tout pourquoi ne pas s’interroger aussi sur la dénomination des endroits où se donnent l’instruction, l’éducation et la formation. Ce n’est pas sans intérêt à y regarder de plus près. Il est évident que le petit billet que je rédige trimestriellement ne va pas pouvoir apporter une quelconque ou des réponses exhaustives à cette multitude de questions.

Et puis, je me suis dit qu’après tout vous étiez plus qualifié (j’allais l’oublier ce mot) que moi et que tout cela n’avait aucun secret pour vous et qu’il valait tout simplement mieux m’en remettre à votre sagesse et à votre compétence.

J’allais donc, tout guilleret de m’en sortir à si bon compte et le cœur soudain plus léger, lever ma plume quand soudain une nouvelle mais je dirais troublante interrogation s’est insinuée dans mon esprit : est-ce bien à l’école de tout faire ? Doit-elle seule apprendre à ceux qui la fréquente, outre ses missions essentielles, la politesse, le respect de la hiérarchie, le respect de l’autre, la tolérance, le respect des biens d’autrui, etc… Evidemment non mais qui en plus alors ? Les parents, mais le font-ils tous ? Les mouvements de jeunesse ? La pratique d’un sport d’équipe de préférence ?

Autant de nouvelles questions qui méritent à l’évidence que l’on y porte attention. J’ai alors pris conscience que je n’en sortirais sans doute jamais et qu’il était tout compte fait excellent de se poser des questions et j’ai alors tout simplement déposé les armes. Après tout ne suis-je pas comme chacun d’entre vous un simple humain qui ne demande qu’à apprendre ? Apprendre quoi me direz-vous ? Ah non, définitivement assez de questions… pour cette fois du moins.


André GILLES,
Député permanent


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